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30 juillet, journée mondiale pour la dignité des victimes de traite des êtres humains

Date de publication : 30/07/16
Thème associé :
Traite et exploitation
Prévenir et lutter contre la traite et l’exploitation des êtres humains, un impératif politique et moral
A l'occasion de la journée mondiale pour la dignité des victimes de traite et d'exploitation des êtres humains, la Commission nationale consultative des droits de l'homme, en tant que Rapporteur national indépendant, rappelle l'urgence de faire de la lutte contre ce fléau une vrai politique publique, pour que des milliers d'enfants, de femmes et d'hommes, victimes, en France, retrouvent leurs droits et leur dignité.

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« J’ai été insultée, réduite à rien. », témoigne Henriette, victime d’esclavage moderne en France

« J’ai été insultée, réduite à rien, et la seule fois où le mari de cette femme Yasmina ou sa belle-mère sont intervenus pour dire qu’on ne peut pas traiter un être humain comme elle me traitait, cela est retombé sur moi, car je suis allée me plaindre auprès de sa famille. Je faisais à la lettre tout ce qu’elle me demandait, comme un robot. Cette femme, Yasmina, me disait que c’est parce que je n’avais pas été aimée, qu’elle avait un grand cœur et que personne ne voulait de moi.» Avec ses mots, Henriette Siliadin bouleversait le public, le 17 décembre dernier, lors d’un Colloque co-organisé par la CNCDH et l’OIT. Au-delà de sa propre histoire, Henriette voulait être la voix de « toutes ces jeunes femmes, celles qui n’étaient pas entendues, mais qui existent et méritent le respect et le droit de vivre, quelle que soit leur situation. »

En France, aujourd’hui, des enfants, des femmes, des hommes sont victimes de traite des êtres humains, réduits à l’état d’objets, privés de leurs droits les plus fondamentaux et de leur dignité.

Malgré l’absence de statistiques fiables et précises pour ce phénomène, qui recouvre des réalités très diverses, c’est le constat sans appel que dressent depuis des années la CNCDH et les associations du collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains ».

La nécessité absolue de mettre en œuvre une politique volontariste, cohérente et globale

Visuel du rapport sur la lutte contre la traite 2016En mars dernier, la CNCDH a rendu public le premier rapport d’évaluation de l’action des pouvoirs publics pour lutter contre la traite, dans le cadre de la mission de Rapporteur national indépendant que le gouvernement lui a confiée. Elle y appelait le gouvernement à faire de la lutte contre la traite des êtres humains une politique publique à part entière, engageant l’ensemble des acteurs, dotée des moyens financiers et humains nécessaires, pour identifier, protéger, accompagner les victimes et poursuivre les auteurs. Elle formulait 58 recommandations en ce sens.

Depuis la sortie du rapport, la CNCDH n’a eu de cesse de relayer ses recommandations lors de rendez-vous institutionnels en France et à l’étranger, lors d’évènements pour le grand public, dans ses avis, dans les médias. Elle suivra dans l'année à venir la mise en œuvre de ses recommandations et leur prise en compte dans l’élaboration du nouveau plan d’action de lutte contre la traite qui devrait être présenté en 2017. La CNCDH soutient notamment la demande de faire de la lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains la Grande cause nationale 2017.

Lutter contre la traite, une obligation internationale

Respectivement en mai et en juin, la commission puis le parlement européen ont émis des recommandations à l’attention des Etats-membres pour renforcer la lutte contre la traite des êtres humains. Les deux institutions ont tout d’abord souligné l’importance d’identifier le plus tôt possible les populations vulnérables et les victimes, et de les protéger et de les accompagner, et pour ce faire, la nécessité de garantir que la police, le personnel judiciaire et médical et les travailleurs sociaux reçoivent une formation adéquate. Le rôle clef des rapporteurs nationaux a aussi été rappelé.

Au niveau international, dans le cadre de sa mission de contrôle du respect par la France de ses engagements internationaux, la CNCDH a systématiquement évoqué ce phénomène lors de l’examen de la France par différents organes des traités (Comité pour les droits de l’enfant, comité pour les droits économiques, sociaux et culturels, comité pour l’élimination des discriminations à l’encontre des femmes, comité contre la torture). Elle se félicite que ses recommandations en matière de lutte contre la traite aient quasiment toutes été reprises dans les observations finales. La CNCDH suivra leur mise en œuvre par la France.