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Rapport annuel sur le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie

Date de publication : 24/04/15
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A l'occasion de l'édition 2014 de son rapport annuel sur le racisme, l'antismétisme et la xénophobie, la Commission nationale consultative des droits de l'homme, Rapporteur national sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme depuis 25 ans, a organisé une conférence de presse le 9 avril 2015 au cours de laquelle la Présidente de la CNCDH, Christine Lazerges, accompagnée de chercheurs de Sciences Po, a présenté les grandes lignes de ce rapport.

Les Essentiels du rapport racisme 2014 reprennent les points majeurs des analyses de la CNCDH ainsi que les résultats d'un sondage d'opinion effectué à la suite des attentats de janvier 2015.

Entretien avec Christine Lazerges, Présidente de la CNCDH, sur le rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie 2014

1) Quel est l’intérêt de faire chaque année un rapport sur le racisme ? Est-ce encore aujourd’hui un problème d’actualité qui mérite une telle attention ?

En reprenant la belle formule de Badinter, la CNCDH est une « compagnie de vigilants ». Ainsi, sur le sujet du racisme, sa vigilance s’exerce depuis un quart de siècle, en tant qu’institution choisie par le Parlement pour exercer le rôle de Rapporteur national sur la lutte contre le racisme. Elle a donc acquis une expertise qui lui permet de comprendre les évolutions, de les analyser et de voir émerger et creuser quelques problématiques spécifiques, d’une année à l’autre.

En outre, le travail de la CNCDH sur ces questions ne se limite pas seulement à une évaluation du phénomène, mais également à une mission de conseil à l’attention des pouvoirs publics ce qui la conduit à formuler des recommandations.

2) Pourquoi faire un sondage par enquête d’opinion ? Les chiffres comptabilisés par le ministère de l’Intérieur ne suffisent-ils pas en eux-mêmes à illustrer le phénomène raciste en France ?

Les chiffres des infractions à caractère raciste recensées par le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Justice, sur la base des plaintes déposées, n’est que l’écume des choses. En effet, quantité de personnes qui se retrouvent confrontées à un acte ou une menace de nature raciste ou antisémite n’osent pas déposer plainte, ou encore se découragent devant la complexité des procédures.

C’est pourquoi la CNCDH considère que réaliser un sondage d’opinion est indispensable pour acquérir une vision plus précise du phénomène raciste en France. En effet, cette enquête permet de saisir des opinions, de les mesurer, et d’aller ainsi au-delà des seules infractions pénales.

3) Quelles sont les grandes tendances observées dans l’opinion publique française en matière de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie ?

L’analyse de l’opinion publique française a permis à la CNCDH de relever quatre sujets préoccupants : la recrudescence des préjugés antisémites ; la montée de l’intolérance à l’égard des rites de l’islam ; la banalisation du racisme à l’égard des Roms tant biologisant que culturel ; l’émergence d’une conception dévoyée de la laïcité et du principe de neutralité de l’Etat comme rempart à l’Islam, en ce que la laïcité n’est plus un outil d’apaisement mais un prétexte au rejet des différences.

Cependant, le sondage d’opinion révèle un sujet d’espérance. En effet, depuis la crise économique, c’est-à-dire près de cinq ans, l’indice longitudinal de tolérance portait la preuve d’un recul de la tolérance qui ne cessait d’alarmer.

Or, cette année la CNCDH a pu observer une stabilisation de l’indice de tolérance, puis avec les résultats du sondage flash mené en mars 2015 un mouvement de plus grande cohésion nationale.

4) Quels sont les autres enseignements de ce sondage réalisé après les attentats de janvier 2015 ?

Il parait important, au préalable, de dire que la CNCDH ne pouvait occulter les évènements du début de l’année et a donc tenté d’en mesurer l’imapct par un sondage d’opinion. Ces résultats ont ainsi permis de conforter la robustesse des analyses faites en 2014.

Ce sondage fait également état, dans l’opinion publique française, d’une demande de sécurité, d’une véritable peur du terrorisme, et nous apprend également que pendant le seul mois de janvier 2015 les actes antimusulmans recensés ont été plus nombreux que sur toute l’année 2014.

Ainsi, le bilan est en demi-teinte. Toutefois, on a pu observer que la réponse républicaine du gouvernement avait été bien accueillie et soutenue et que les français aiment à dire qu’ils ont participé à la grande marche républicaine du 11 janvier, et lorsqu’ils n’ont pu y participer, ils sont très nombreux à en exprimer le regret.

5) Quels sont les nouveautés ou les angles particuliers de ce rapport 2014 ?

Dans le rapport sur le racisme 2014, la CNCDH a consacré deux chapitres à des problèmes extrêmement graves, d’une part la situation des Roms trop souvent oubliés ou même rejetés par la société française, et d’autre part, le développement insoutenable du racisme sur internet à l’égard des juifs et des musulmans.

De plus, le rapport sur le racisme 2014 bénéficie d’une contribution du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, de neuf contributions d’acteurs institutionnels et de dix contributions de la société civile.

6) En tant que Rapporteur national sur la lutte contre le racisme, que fait la CNCDH en dehors du rapport annuel ?

La CNCDH entretient un partenariat étroit avec les organisations internationales, comme la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe, mais également avec des institutions nationales comme la Délégation interministérielle contre le racisme et l’antisémitisme.

Elle suit les problèmes qui lui paraissent les plus difficiles, ce qui l’a conduit en 2014 à adopter une série d’avis sur les questions de racisme et d’intolérance, par exemple un avis sur les droits fondamentaux des personnes vivant en bidonvilles (ce qui concerne essentiellement les populations roms), un avis sur les discours de haine sur internet ou encore un avis sur les violences commises à raison de l’identité sexuelle.

De plus, dans sa mission d’éducation aux droits de l’homme, la CNCDH a coproduit des films pédagogiques à destination des élèves de l’école primaire sur le respect et la richesse des différences.

 

 

 

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