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Le sport doit redevenir un facteur d’intégration et d’inclusion.

Le sport doit redevenir un facteur d’intégration et d’inclusion.
Date de publication : 20/11/18
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Le sport doit redevenir un facteur d’intégration et d’inclusion.

Alors que Paris, et avec elle, toute la France se prépare à accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024, et d’ici là deux autres compétitions mondiales, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) invite l’ensemble des acteurs de l’écosystème sportif, au niveau national et local, à se responsabiliser et à faire de la prévention des comportements racistes et discriminatoires une priorité.

Pratiquer un sport devrait permettre à des personnes de tous âges, de tous horizons, de tous milieux de construire ensemble au-delà des différences. Or pratiquer un sport rime trop souvent avec rabaissement et exclusion. Parce que le sport incarne par excellence les valeurs humanistes et devrait contribuer à construire notre République, il est fondamental de prévenir et de lutter contre les comportements et propos à caractère raciste et discriminatoire dans le milieu sportif, affirme Christine Lazerges, présidente de la CNCDH.

Ambivalence de la culture sportive : entre inclusion et exclusion

La solidarité, l’esprit d’équipe, le fair-play, le dépassement de soi et des différences au service du jeu sont affichées comme des valeurs morales et sociales au cœur de la culture sportive. Dans la pratique, à tous les niveaux, international comme local, la pratique du sport est ambivalente : d’un côté elle suscite un fort sentiment d’appartenance et des élans de solidarité entre sportifs, et d’un autre elle provoque le rejet de l’Autre, l’adversaire et le moins performant. En outre, historiquement considéré comme une « affaire d’hommes » et de « virilité », le sport demeure dominé par des préjugés à l’encontre des femmes et des personnes LGBT et des personnes handicapées. La CNCDH s’inquiète d’une forme de banalisation des propos et comportements dévalorisants et discriminatoires.

Sport de compétition : un écosystème fermé

Soucieux d’éviter tout scandale qui viendrait entacher leur réputation, et fragiliser la confiance de leurs financeurs, les clubs sportifs professionnels nient, ou tout du moins minimisent, l’existence de pratiques à caractère racistes ou sexistes ou l’occurrence d’incidents. Les victimes n’osent que rarement parler et faire appel à un tiers, écrasées par le poids de la culpabilité à l’idée que leur action puisse porter préjudice à leur équipe, club ou fédération. Si les fédérations expliquent travailler pour lutter contre les discriminations, les actions sont superficielles et ne traitent pas des problèmes de fond. La CNCDH est convaincue que prévenir le racisme et les pratiques discriminatoires dans le milieu sportif nécessite de sortir le champ sportif de l’entre soi et de l’articuler à chaque niveau, local et national, à des politiques de civisme.

Développer un sport réellement inclusif : éduquer, former et sensibiliser

Développer un sport citoyen nécessite que toute la société parle désormais du sport sous toutes ses dimensions (générationnelle, sociale et civique) et non plus seulement sous le seul angle des résultats sportifs. Un tel changement impose la mobilisation des acteurs publics et privés, des médias, des clubs et fédérations, de l’Education nationale.

Car ils influent sur les interactions sociales, la CNCDH recommande aux médias de valoriser les sports mixtes et alternatifs (à l’instar des Gaygames ou des sport « équitables »), et de veiller à supprimer tout langage et tout comportement qui véhiculeraient des préjugés, notamment à l’encontre des femmes, des personnes LGBT et des personnes handicapées, et de sanctionner tout dérapage.

L’Education nationale doit valoriser la coopération, le travail collectif et l’entraide, c’est pourquoi la CNCDH recommande au ministère de reconstruire les programmes d’Education physique et sportive (EPS) afin que le sport soit vu et vécu comme un vecteur de socialisation, accessible à toute et à tous et divers sous ses formes (sport source de bien être, sport pour le plaisir, sport de compétition…).

La CNCDH souhaite alerter l’ensemble des acteurs du milieu sportif – journalistes, éducateurs et entraîneurs en clubs, enseignants, associations) sur la nécessité de suivre des formations pour adopter un vocabulaire et des comportements exemplaires.

La CNCDH salue la richesse des initiatives portées par le milieu associatif et par certaines collectivités locales, et invite les pouvoirs publics à s’inspirer de ces actions innovantes pour élaborer des politiques plus globales.